The Spook who sat by the door, Black’s back

13/10/2019 @ 19:30

de Ivan Dixon, Derek Woolfenden

1973, 103' et 2008, 10'

Court métrage : BLACK’S BACK de Derek Woolfenden (2008, 10 min)
Long Métrage : THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR (NOTRE AGENT DE HARLEM) de Ivan Dixon (1973,103min)
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BLACK’S BACK (2008, 10 minutes) de Derek Woolfenden, avec Walter Thompson et Raphaël Decius.
Black’s back est un combat figuratif entre la représentation du Noir américain (essentiellement), de ces cinquante dernières années à aujourd’hui et le « canon » Blanc incarné ici par Disney et Playboy. De la même manière que le Boléro de Ravel narre une danseuse entraînant successivement tout sur son passage, la chanson de Camille Yarbrough, All Hid, construit Black’s back. Images médiatiques et fictives s’entremêlent ainsi que les supports (mini dv et super). À chaque « punctum » figuratif correspondra un attentat sur pellicule de circonstance…
Black’s back est un chant cinéphilique dévoué à une photogénie qui se caractérise moins par la couleur de peau que par ce que son sujet incarne : une énergie vitale, explosive, décomplexée et donc subversive.
THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR (NOTRE AGENT DE HARLEM) de IVAN DIXON (1973, 103min)
« Réalisé et produit par l’acteur/réalisateur Ivan Dixon, qui venait juste de tourner Trouble Man, et tiré du roman homonyme de Sam Greenlee, ce film suit le parcours d’un homme recruté par la CIA à cause de sa couleur de peau (Lawrence Cook) et qui, sous ses apparences d’oncle Tom, prépare en fait une révolution noire. Cette production indépendante, portée par une histoire très forte et un acteur aux antipodes du héros viril et macho de la blaxpoitation, est la quintessence du film engagé et sincère. Ici, les ghettos, les dealers ou les petites frappes ne possèdent pas la saveur « funky » du reste de la production noire de l’époque et servent avant tout à dresser un constat sombre et réaliste de la situation des Afro-Américains. L’aspect rythmé, les scènes d’action et l’excellente BO de Herbie Hancock ont pu faire perdre de vue à certains les priorités du film et, de fait, le lier plus simplement au reste du courant de la blaxpoitation. Mais il n’en est rien et The Spook Who Sat by the Door est surtout et avant tout un film qui fait écho au combat mené par les Black Panthers. » (Julien Sévéon, Blaxpoitation, 70’s Soul Fever)
Film ovni qui surprend encore aujourd’hui dans la rigueur et la teneur de son sujet totalement subversives et qui sorti sur les écrans sous des auspices pas très confortables (pressions et violences gouvernementales à l’encontre de la communauté noire). The Spook Who Sat By The Door n’est ni plus ni moins le manuel technique et moral pour une guérilla urbaine ! Les films dont il se rapproche le plus sont La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo, mais transposé aux Etats-Unis, et Ya, Ya, mon Général ! (Which Way to the Front, 1970) de Jerry Lewis, débarrassé de son maniérisme comique !
Au final, il s’agit d’un film qui participa à créer sa propre mythologie, pleine de bruit et de fureur dont les éclats contemporains et respectifs furent nombreux (Seize the Time, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song, The Final Comedown, Meurtres dans la 110e rue, Ganja & Hess, Wattstax…), même si la majorité de ces productions sont oubliées aujourd’hui, noyées par les films « Blaxpoitation », un autre ghetto que créa Hollywood pour incarcérer de nouvelles images, de nouvelles icônes et figer une mémoire collective….
« – Tu sais quoi, les gens de ton espèce devriez être enfermés depuis la naissance.
– Tu sais quoi ? Nous le sommes (déjà)… » (Michael Campus, The Education of Sonny Carson)
Les films « Blaxpoitation » individualisèrent les revendications sociales et morales de toute une communauté et s’inspirèrent des figures blanches aux trognes et aux discours charismatiques (comme McQueen ou Newman), même si des exceptions s’en détachent (Blacula, Black Caesar…).
« We are tired to be cool ! » (Michael Campus, The Education of Sonny Carson)